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Préparer les conseils d’administration à demain : repenser la gouvernance dans un monde qui bouge vite

Dans un environnement en mutation permanente, une question mérite d’être posée sans détour : les pratiques de gouvernance actuelles des conseils…

Renaud Garnier

Co-fondateur

12 août 2026 8 min
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Dans un environnement en mutation permanente, une question mérite d’être posée sans détour : les pratiques de gouvernance actuelles des conseils d’administration sont-elles réellement taillées pour les enjeux de demain ? Une récente étude d’Ernst & Young consacrée aux conseils d’administration du futur apporte un début de réponse frappant : sur 90 administrateurs interrogés, seule une petite minorité - autour d’un cinquième - juge le modèle de gouvernance actuel pleinement viable en l’état. Le message est clair : pour beaucoup de conseils, des ajustements à la marge ne suffiront pas. C’est la composition, le fonctionnement et les mécanismes mêmes de gouvernance qu’il faut revoir en profondeur.

Chez Raizo, dans nos échanges avec des conseils d’administration et des dirigeants de la banque, de l’investissement et du conseil, nous structurons volontiers cette réflexion autour de trois dimensions étroitement liées : les hommes et les femmes qui composent le conseil, les pratiques qui rythment son fonctionnement, et les protocoles qui l’encadrent dans la durée. Ensemble, ces trois dimensions déterminent si un conseil se contente de superviser le présent, ou s’il aide réellement l’organisation à anticiper l’avenir - en disposant des bonnes perspectives, des bonnes méthodes de travail et des bons mécanismes pour affronter la volatilité et la complexité.

Les personnes : qui siège au conseil, et pourquoi

La première dimension concerne la composition même du conseil : qui y siège, quelle expérience ces membres apportent, et dans quelle mesure cette expérience reste pertinente au regard des réalités actuelles de l’entreprise. La composition d’un conseil a longtemps été évaluée à travers des matrices de compétences assez statiques - un exercice utile, mais qui passe souvent à côté des formes de pertinence plus dynamiques dont les conseils ont aujourd’hui besoin. Trois points méritent une attention particulière.

1. Une expérience de leadership à jour, pas seulement prestigieuse

Les conseils ont besoin d’administrateurs dont l’expérience de leadership reste actuelle, et pas simplement impressionnante sur le papier. Le rythme, l’ambiguïté et l’interdépendance de l’environnement économique actuel n’ont plus grand-chose à voir avec ceux d’il y a dix ans. Dans ce contexte, des administrateurs ayant vécu récemment des responsabilités opérationnelles ou des transformations concrètes apportent un jugement plus affûté sur la stratégie, les talents, la technologie et les risques - un vrai bénéfice tant pour le dirigeant, qui gagne un interlocuteur plus pertinent, que pour l’ensemble du conseil, mieux à même de comprendre les réalités auxquelles la direction fait face au quotidien.

2. Une vraie représentation intergénérationnelle

Avec désormais cinq générations actives sur le marché du travail, les entreprises composent avec un éventail d’attentes, de motivations, de styles de communication et de compétences plus large que jamais. Les conseils qui ne tiennent pas compte de cette réalité risquent de passer à côté de signaux précoces sur les talents, la culture, les comportements des consommateurs et les nouvelles formes de leadership. La diversité générationnelle n’a rien de symbolique : c’est une source précieuse d’information sur les risques comme sur les opportunités.

3. La pertinence par l’expérience vécue, plus que par le CV

Plutôt que de s’appuyer uniquement sur une matrice de compétences classique, les conseils gagneraient à raisonner par situations concrètes : quels administrateurs ont déjà géré la pression d’actionnaires activistes, une cession d’actifs, une succession de direction générale, une cyberattaque ou un virage stratégique majeur ? Cette lecture par l’expérience vécue prédit souvent bien mieux l’utilité future d’un administrateur que de grandes catégories abstraites comme « marketing » ou « finance ». Un conseil pérenne est un conseil dont les membres sont pertinents non pas seulement sur le papier, mais parce qu’ils ont traversé, en situation réelle, les moments qui comptent vraiment.

Les pratiques : comment le conseil travaille au quotidien

La deuxième dimension porte sur le fonctionnement concret du conseil. Même les conseils les mieux composés peuvent perdre en efficacité si leurs réunions, leurs documents et leurs routines restent trop tournés vers le passé, trop chargés, ou trop procéduriers pour laisser place à une vraie réflexion stratégique. Cinq pratiques distinguent, selon nous, les conseils les plus performants.

4. Repenser les documents et les ordres du jour

Beaucoup de conseils passent encore trop de temps à traiter l’information brute, et pas assez à l’analyser. La technologie, IA en tête, peut transformer la manière dont l’information circule, pour que les documents nourrissent des discussions plus approfondies et concrètes. L’objectif : moins de temps passé à revenir sur ce qui s’est déjà produit, davantage consacré à en comprendre les implications, les choix disponibles et les prochaines étapes. Les conseils qui opèrent ce basculement gagnent en efficacité et en valeur stratégique.

5. Faire de la formation des administrateurs un processus continu

Les séminaires annuels et les interventions ponctuelles d’experts ne suffisent plus à appréhender pleinement des sujets qui évoluent aussi vite que l’IA, la géopolitique ou la cybersécurité. Sans un suivi rapproché, des signaux faibles mais significatifs sur les risques et les opportunités peuvent échapper au conseil. C’est pourquoi les conseils les plus performants traitent désormais la formation comme un processus permanent, et non comme un rendez-vous ponctuel dans l’année.

6. Structurer la succession comme une capacité, pas une réaction d’urgence

Dans beaucoup d’organisations, la succession reste traitée de façon ponctuelle, trop restrictive et souvent trop opaque pour être discutée franchement. Elle mérite d’être abordée de façon plus systémique : un effort continu pour développer la profondeur du leadership, des fiches de poste régulièrement mises à jour à mesure que l’entreprise évolue, et un vivier permanent d’options internes comme externes. Ainsi conçue, la succession cesse d’être une solution de dernière minute souvent inadaptée, pour devenir une véritable capacité stratégique de long terme.

7. Investir dans la planification de scénarios, pas seulement dans la gestion du présent

Les conseils visent souvent la bonne altitude, mais pas le bon horizon temporel : ils consacrent beaucoup d’énergie aux sujets connus, et trop peu aux scénarios futurs plausibles susceptibles de mettre à l’épreuve le modèle économique, l’équipe dirigeante ou la résilience de l’entreprise. Les conseils les plus tournés vers l’avenir accordent une vraie place à cette réflexion structurée - non pas parce qu’ils prétendent prédire l’avenir, mais parce que cela les prépare mieux à l’éventail des possibles.

8. Préserver une tension constructive au sein du conseil

Collégialité, professionnalisme et confiance sont indispensables au bon fonctionnement d’un conseil - mais, sans garde-fou, ils peuvent aussi étouffer le débat rigoureux. Une pratique simple et efficace : désigner, de façon tournante, un administrateur chargé temporairement de jouer un rôle de contre-pouvoir, chargé de challenger les évidences et de tester la solidité du consensus. Faire tourner ce rôle stimule les échanges sans pour autant créer une figure dissidente permanente - et contribue, avec le temps, à ancrer une culture de questionnement plus large au sein du conseil.

Les protocoles : les mécanismes qui structurent le conseil dans la durée

La troisième dimension concerne les protocoles : les mécanismes formels de gouvernance qui encadrent le comportement du conseil sur la durée. Ces règles peuvent sembler purement procédurales ; elles ont pourtant un impact réel sur la dynamique, la redevabilité et l’efficacité de l’instance.

9. Repenser la durée des mandats

Cela concerne non seulement l’ancienneté globale au sein du conseil, mais aussi le temps passé dans certains comités ou fonctions de leadership. Sans rotation réfléchie, un conseil peut s’installer, sans le vouloir, dans des schémas familiers, des rôles figés et des équilibres de pouvoir stables depuis trop longtemps. Le renouvellement ne consiste pas simplement à remplacer des membres : il s’agit de garantir une vraie diversité de points de vue et d’éviter que l’autorité ne se concentre excessivement dans les mêmes mains.

10. Faire évoluer les évaluations d’efficacité du conseil

Trop souvent, ces évaluations se limitent à des enquêtes de conformité qui confirment ce que l’on sait déjà, sans révéler grand-chose sur la dynamique réelle ou les besoins du conseil. Bien conçues, elles peuvent au contraire livrer des enseignements qualitatifs précieux sur la composition, les comportements, le leadership et la prise de décision. Les évaluations les plus utiles sont pensées comme un processus évolutif, et non comme un rapport figé produit une fois par an.

11. Encourager l’exposition des dirigeants à des conseils externes

Certaines organisations encouragent activement leurs cadres dirigeants à siéger dans des conseils d’administration externes, dans le cadre de leur développement de leadership. Cette pratique renforce la pérennité de l’organisation : elle élargit le champ de vision des dirigeants, approfondit leur compréhension du rôle d’administrateur, et améliore la qualité des échanges entre direction et conseil. Elle contribue aussi à former des dirigeants mieux préparés pour l’avenir, capables d’appréhender la gouvernance non pas de façon théorique, mais à travers une véritable expérience de la responsabilité fiduciaire.

Ce que cela signifie pour les conseils que nous accompagnons

Préparer un conseil d’administration à l’avenir ne se résume pas à quelques ajustements cosmétiques. Cela suppose d’examiner honnêtement si les personnes qui y siègent restent réellement au fait des enjeux actuels et pertinentes pour l’entreprise, si les pratiques en place favorisent une vraie réflexion stratégique, et si les protocoles encouragent le renouvellement plutôt que l’inertie. Dans un monde marqué par des ruptures permanentes, les conseils ne peuvent plus se reposer uniquement sur des structures héritées du passé : ils doivent devenir plus adaptables et plus résolument tournés vers l’avenir pour continuer à bien gouverner.

C’est précisément sur ces trois dimensions - personnes, pratiques, protocoles - que Raizo accompagne les conseils d’administration et les dirigeants de la banque, de l’investissement et du conseil dans la construction d’une gouvernance à la hauteur des enjeux à venir.

L’auteur

Renaud Garnier

Co-fondateur de Raizo. Ex-cabinet de recrutement anglo-saxon. Couvre les verticales Investissement et Conseil, du Director au Partner.

Les vraies fourchettes de rémunération finance 2026.

L’étude complète, par fonction et séniorité. Données collectées sur 50+ mandats clos.

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